Les choses vont vite, tu sais. Elles ont pris une envergure considérable en un laps de temps assez restreint. J'peux pas faire autrement que de suivre la cadence que l'on m'impose. Mon coeur se casse tout seul en me laissant plantée là, les bras balants, la poitrine ouverte. Si tu voyais ma gueule de victime de l'amour en franchissant la porte.
Putain mais merde. Je t'aime. Tu comprends ça? Je t'aime. Du verbe Aimer. A la première personne du singulier bordel. Avec le pronom "Tu". Ca TE désigne. Tu peux le lire, tu peux le prendre, tu peux même me le renvoyer si tu veux. Je le dis comment? Je t'aime putain. Je t'aime. Je sais pas, je sais plus. Comment le dire. Comment le gueuler. Comment l'exprimer. Comment le murmurer. Je sais plus.
Filez moi un mégaphone, filmez moi, passez ça sur France 3, dites lui que je l'aime. Qu'il me retourne les tripes. Qu'il est partout. Dans ma tête. Dans mon esprit. Dans mon coeur. Dans chacun de mes doigts. Ca fait vingt fois. Chacune de mes pensées. Ca fait des millions. J'ai son odeur qui traine dans mon cou, j'ai sa peau sous mes ongles. Il est dans ma voix. Vous l'entendez le tremolo qui vient du fond d'ma gorge? Biensûr que vous l'entendez. C'est pour lui. Il est là. Partout, je vous dit. Il est le frisson qui parcours ma colone vertebrale, il est le sourire qui se colle à ma gueule, il est le noeud dans l'estomac. Vous ne mesurez pas la puissance, puisque vous ne la connaissez pas. C'est physique, c'est psychologique, c'est les deux à la fois. Ce sont trois mots qui résonnent, ce sont trois mots qui provoquent par la suite un silence incomparable, un calme désastreux, la libertée convervée trop à l'étroit. Parce que c'est juste l'effet d'une bombe à retardement. L'accumulation, à un moment donné, elle est plus possible. Faut que ça sorte, l'Humain est comme ça. Il conserve tout. Bordel mais laissez sortir tout ça. Que ça explose u bon coup, qu'il s'en prenne plein la tronche, que vous soyez usé, que les cordes vocales n'en puissent plus de vibrer, que le coeur soit essouflé, que l'esprit soit vide. Comprenez? Biensûr que non. Vous n'comprenez pas.
Et peut être alors trouvez vous que c'est exagéré. Ce que je conçois. Peut être trouvez vous aussi que c'est démesuré par rapport à la situation. Ce que je conçois aussi. Peut être pensez vous enfin que les amours des ados, ça va ça vient. Sûrement, que ça va ça vient. Mais je crois que la puissance est toujours là même, vous savez. C'est un peu comme quand on se cogne le genoux contre le coin d'une table basse : ça lance, à l'intérieur. Ce n'est pas une douleur continue, non. Ce sont comme des décharges. Ca arrive, puis ça repart. Puis ça revient etc.. Alors peut être, je dis bien peut être, qu'en nous, on s'est tous cogné le genoux contre une table basse une fois dans sa vie. Ou plutôt, on s'est tous cogné le coeur contre un autre.
Je ne vous dit pas que vous avez tord, bien au contraire. Un ado c'est pas super naïf non plus, on commence a avoir un peu d'expérience mine de rien. Les echecs, ça forge. Je souligne simplement le fait que oui, c'est extrêmement démesuré, mais que c'est tellement bon, d'être un peu taré.
Et puis, entre nous, j'vous emmerde.